Votre plan de continuité d’activité tient-il face à une évacuation de 220 000 personnes et 42 000 ha brûlés ?
L’incendie parti de Saumos le 22 juillet 2026 a parcouru environ 42 000 hectares et conduit à l’évacuation de plus de 220 000 personnes, selon la préfecture de la Gironde dans son point de situation du dimanche 26 juillet. Pour une entreprise ou une collectivité, l’enseignement ne porte pas sur la lutte contre le feu. Il porte sur cinq situations que votre plan de continuité ne décrit probablement pas : l’évacuation de vos salariés hors de vos murs, un phénomène météorologique non modélisé, la menace qui vient du site voisin, la fermeture des axes avant celle de votre site, et l’obligation de parler avant d’avoir compris.
Situation évolutive. Cet article a été publié le 27 juillet 2026 alors que l’incendie était toujours actif. Les chiffres cités sont ceux communiqués par les autorités aux dates indiquées. Aucun bilan présenté ici n’est définitif.
Mise à jour du 29 juillet 2026
Le feu de Saumos est considéré comme stabilisé, la surface parcourue restant évaluée à environ 42 000 hectares. Des reprises ont toutefois été recensées le 28 juillet et l’objectif opérationnel porte désormais sur le traitement des lisières, longues d’environ 130 kilomètres. Le réseau de transport reste fortement affecté : l’autoroute A63 est fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne, et le trafic TGV est suspendu au sud de Bordeaux. L’agence régionale de santé recommande le port du masque FFP2 aux personnes sensibles en raison de la dégradation persistante de la qualité de l’air.
Un chiffre a changé la nature du sujet. Le 27 juillet 2026, le ministère de l’Économie a ouvert le dispositif d’activité partielle à toutes les entreprises dont l’activité est perturbée par les incendies. Selon Bercy, les zones évacuées abritent 7 000 entreprises artisanales et 6 300 entreprises commerciales. Plus de 100 000 salariés sont concernés, selon la Chambre de commerce et d’industrie de Gironde. Presque aucune de ces entreprises n’a vu les flammes.
Un plan de continuité d’activité (PCA) est le dispositif qui permet à une organisation de maintenir ses fonctions essentielles pendant une crise, puis de reprendre une activité normale. Il est encadré par la norme ISO 22301. Si vous partez de zéro, notre guide détaille comment élaborer un plan de continuité d’activité en six étapes.
Ce qui s’est passé, en trois dates
Le feu se déclare à Saumos le mercredi 22 juillet 2026, au nord du bassin d’Arcachon.
Le vendredi 24 juillet, il a parcouru plus de 19 000 hectares et 110 000 personnes ont été évacuées, selon les points de situation de la préfecture de la Gironde. L’ordre d’évacuation totale de la presqu’île du Cap-Ferret est lancé, par route et par mer.
Le dimanche 26 juillet, la surface parcourue atteint environ 42 000 hectares et le cumul des évacuations dépasse 220 000 personnes, toujours selon la préfecture. Le lundi 27 juillet, le ministre de l’Intérieur parle d’un feu « stabilisé » mais « pas fixé ». Une nouvelle vague de chaleur est annoncée à partir du 28 juillet.
Ce qu’il faut en retenir : la surface parcourue a été multipliée par plus de deux en quarante-huit heures. Un plan calibré sur une cinétique lente ne tient pas. Vérifiez la vitesse d’escalade retenue dans vos scénarios.
Scénario 1 — Vos salariés sont évacués, pas vos locaux
C’est le scénario le plus fréquemment absent d’un plan de continuité d’activité.
Votre site n’est pas menacé. Vos serveurs fonctionnent. Vos assurances ne sont pas concernées. Et pourtant, une partie de vos équipes est évacuée de son domicile, sans savoir quand elle rentrera, avec des enfants, des animaux, parfois un parent âgé. En Gironde, 14 centres d’accueil ont été ouverts dans 9 communes, et la métropole bordelaise a recensé plus de 2 600 couchages, selon les déclarations du maire de Bordeaux le 26 juillet 2026.
Une organisation qui ne sait pas où habitent ses collaborateurs découvre le problème le jour où elle doit les joindre.
Le test : produisez une cartographie des lieux de résidence de vos équipes, par commune, à un niveau agrégé et conforme au RGPD. Identifiez les fonctions critiques exercées par des personnes résidant dans une même zone. C’est votre point de rupture le plus probable.
Scénario 2 — Le phénomène que personne n’avait modélisé
Un pyrocumulonimbus est un nuage d’orage engendré par la chaleur d’un incendie de grande ampleur. Le feu produit sa propre colonne convective, qui s’élève, se condense et forme un nuage capable de générer des éclairs, des vents violents et des projections de brandons à grande distance. En clair : l’incendie fabrique sa propre météo.
Ce phénomène, jusqu’alors non recensé sur le territoire métropolitain, a été observé lors de l’épisode girondin. Il a produit deux effets qui intéressent directement les gestionnaires de risque : une accélération brutale de la propagation, et des départs de feu secondaires bien au-delà du front principal.
C’est la définition même d’un scénario hors référentiel. Vos plans s’appuient sur l’historique. L’historique vient d’être dépassé.
Ce que vous pouvez faire en deux heures : ajoutez à votre analyse de risques un scénario « dépassement du référentiel connu ». La question n’est pas « qu’est-ce qui est déjà arrivé ici ? » mais « que faisons-nous si l’aléa dépasse de 50 % la pire hypothèse retenue ? ». Testez-le en exercice sur table.
Scénario 3 — La menace vient du site voisin
En Gironde, la progression du feu a conduit à des mesures de protection autour de plusieurs sites industriels et stratégiques du département, notamment dans les secteurs du Barp, de Saint-Médard-en-Jalles et de Mérignac. La commune de Saint-Médard-en-Jalles, qui compte environ 33 000 habitants, a fait l’objet d’un ordre d’évacuation le 25 juillet 2026.
Retenez le mécanisme, plus que les noms : un aléa naturel devient un risque technologique dès qu’il atteint le périmètre d’une installation classée. Votre entreprise peut être parfaitement épargnée par les flammes et se retrouver dans un périmètre d’évacuation décidé pour un site situé à trois kilomètres.
À faire cette semaine : listez les installations classées, les dépôts, les stations-service et les sites Seveso situés dans un rayon de 5 kilomètres autour de vos implantations. Consultez le portail Géorisques. Si vous êtes dans le périmètre d’un PPRT ou d’un PPI, vous n’êtes pas maître de la décision d’évacuation qui vous concernera.
Scénario 4 — Les routes ferment avant votre site
Plusieurs portions de l’autoroute A63, axe reliant Bordeaux à l’Espagne, ont fait l’objet d’un arrêté préfectoral de fermeture, l’autoroute étant intégralement fermée dans les deux sens entre Bordeaux et Bayonne au 29 juillet. La SNCF a recommandé le report des déplacements à destination de la Gironde. En parallèle, la RD 106 a connu une saturation lors des évacuations de la presqu’île du Cap-Ferret, au point que des navettes maritimes d’urgence ont été mises en œuvre.
Un site opérationnel dont personne ne peut sortir n’est pas un site opérationnel.
La logistique s’arrête avant l’exploitation. Vos livraisons, vos équipes de relève, vos prestataires de maintenance, vos collectes de déchets : tout dépend d’axes que vous ne contrôlez pas et qui ferment sur décision préfectorale, sans préavis.
La vérification : identifiez pour chaque site vos deux itinéraires alternatifs, et vérifiez qu’ils ne partagent pas le même point de passage obligé. Un plan de continuité d’activité qui repose sur un seul axe routier n’en est pas un.
Scénario 5 — Vous devrez parler avant d’avoir compris
C’est le scénario le plus mal préparé, et le plus coûteux en réputation.
Dans les premières heures, vos salariés, vos clients, vos fournisseurs et parfois la presse locale vont vous demander une position. Vous n’aurez ni bilan consolidé, ni certitude sur la reprise. Vous devrez néanmoins dire quelque chose, et ce quelque chose sera relu six mois plus tard.
Trois règles tiennent dans tous les cas.
- Dites ce que vous savez, à quelle heure vous le savez. « Au 27 juillet, 14 heures, nous n’avons aucun collaborateur blessé. » Un fait horodaté ne se retourne pas contre vous.
- Dites ce que vous ne savez pas encore, et quand vous le direz. L’absence d’information est une information, à condition d’annoncer le prochain point.
- Ne commentez jamais l’action des secours. Vous n’avez pas les éléments, et ce n’est pas votre rôle.
Ces trois règles supposent un porte-parole désigné, entraîné, et un canal de diffusion qui fonctionne quand le réseau est saturé. Cela se prépare à froid. La prise de parole d’un dirigeant en situation de crise obéit à des mécaniques précises, détaillées sur Mediatraining.info.
Et lorsque l’événement dépasse vos moyens internes, la question n’est plus de savoir quoi dire, mais avec qui. Les organisations qui traversent le mieux ces épisodes sont celles qui ont identifié avant la crise le conseil capable de tenir la cellule avec elles — c’est le métier de l’agence Nitidis spécialisée en communication de crise et gestion de crise.
Trente minutes, maintenant : rédigez et validez trois messages types, prêts à être datés et envoyés — message aux salariés, message aux clients, message d’attente à la presse. Ils vous feront gagner les six premières heures.
Votre entreprise est affectée aujourd’hui : ce que vous pouvez faire
Cette section s’adresse aux dirigeants girondins dont l’activité est à l’arrêt ou ralentie. Elle ne relève pas de la préparation, mais de l’urgence.
L’activité partielle est ouverte, y compris si vous n’avez pas été touché directement
Le 27 juillet 2026, Serge Papin, ministre chargé des PME, du Commerce et de l’Artisanat, a indiqué que toutes les entreprises dont l’activité est perturbée par les incendies pourront recourir au chômage partiel. Le dispositif concerne aussi bien les autoentrepreneurs que les groupes industriels contraints de réduire leur activité, dans l’hôtellerie-restauration, le commerce, l’industrie, l’artisanat et le tourisme. Les salariés perçoivent une indemnité correspondant à 70 % de leur rémunération nette.
Le point à retenir : vous n’avez pas besoin d’avoir été atteint par le feu. Une baisse d’activité liée aux évacuations, aux fermetures d’axes ou à l’impossibilité d’accéder à votre établissement suffit à ouvrir le droit.
Un numéro unique pour être orienté
La Chambre de commerce et d’industrie de Gironde a ouvert un numéro vert, le 3006, destiné à orienter les chefs d’entreprise vers les dispositifs d’accompagnement et les démarches d’urgence. Le ministère de l’Économie tient par ailleurs des réunions quotidiennes avec les acteurs économiques locaux pour adapter les mesures de soutien à l’évolution de la situation.
Ce qu’il faut documenter dès maintenant
- Les arrêtés préfectoraux d’évacuation ou de fermeture d’axes qui vous concernent, avec leur date
- Les heures d’arrêt effectives, service par service
- Les commandes annulées, reportées ou non livrées, avec les échanges écrits correspondants
- Les frais engagés en urgence : relogement, transport, protection des locaux
- Les messages envoyés à vos salariés, clients et fournisseurs, horodatés
Pourquoi maintenant : ces éléments conditionnent vos indemnisations et vos déclarations d’activité partielle. Ils sont faciles à réunir aujourd’hui, très difficiles à reconstituer dans trois semaines. C’est la tâche la plus rentable de votre journée.
Plan de continuité d’activité : sept points de contrôle
- Cartographie agrégée des communes de résidence des équipes critiques
- Un scénario « hors référentiel » ajouté à l’analyse de risques
- Inventaire des installations classées dans un rayon de 5 km autour de chaque site
- Deux itinéraires alternatifs vérifiés par site, sans point de passage commun
- Un porte-parole désigné et un suppléant
- Trois messages types rédigés et validés
- Un canal de secours testé (SMS, messagerie hors réseau d’entreprise)
Questions fréquentes
Mon entreprise est fermée à cause des incendies, puis-je recourir au chômage partiel ?
Oui. Le 27 juillet 2026, le ministère de l’Économie a ouvert le dispositif d’activité partielle à toutes les entreprises dont l’activité est perturbée par les incendies en Gironde, qu’elles aient été touchées directement ou non. Une baisse d’activité liée à une évacuation, à la fermeture d’un axe routier ou à l’impossibilité d’accéder à l’établissement ouvre le droit. Les salariés perçoivent une indemnité équivalente à 70 % de leur rémunération nette. La Chambre de commerce et d’industrie de Gironde a ouvert le numéro vert 3006 pour orienter les chefs d’entreprise.
Qu’est-ce qu’un plan de continuité d’activité ?
Un plan de continuité d’activité, ou PCA, est le dispositif documenté qui permet à une organisation de maintenir ses fonctions essentielles pendant une crise, puis de revenir à un fonctionnement normal. Il est encadré par la norme ISO 22301. Il couvre l’identification des activités critiques, les ressources minimales nécessaires, les scénarios d’indisponibilité, les procédures de bascule et la communication interne et externe.
Qu’est-ce qu’un pyrocumulonimbus ?
Un pyrocumulonimbus est un nuage d’orage engendré par la chaleur dégagée par un incendie de grande ampleur. La colonne d’air chaud produite par le feu s’élève, se condense en altitude et forme un nuage capable de générer des éclairs, des vents descendants violents et des projections de brandons à plusieurs kilomètres. Le phénomène accélère fortement la propagation de l’incendie et provoque des départs de feu secondaires très éloignés du front principal.
Combien d’hectares a parcourus l’incendie de Gironde de juillet 2026 ?
L’incendie déclaré à Saumos le 22 juillet 2026 avait parcouru environ 42 000 hectares selon la préfecture de la Gironde au 26 juillet 2026. À l’échelle nationale, environ 115 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de l’année 2026. Ces chiffres sont provisoires, l’incendie restant actif à la date de publication.
Combien de personnes ont été évacuées en Gironde en juillet 2026 ?
Plus de 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde depuis le début de l’incendie, selon le point de situation de la préfecture de la Gironde du 26 juillet 2026. Les personnes évacuées ont été accueillies dans 14 centres répartis sur 9 communes.
Que doit contenir un plan de continuité d’activité face au feu de forêt ?
Un plan de continuité d’activité adapté au risque de feu de forêt doit couvrir cinq éléments : la localisation agrégée des collaborateurs occupant des fonctions critiques, un scénario d’aléa dépassant le référentiel historique, l’inventaire des installations classées voisines susceptibles de déclencher une évacuation, au moins deux itinéraires d’accès indépendants par site, et des messages de communication pré-validés avec un porte-parole désigné.
Une entreprise non touchée par les flammes peut-elle être évacuée ?
Oui. L’ordre d’évacuation est une décision préfectorale qui s’applique à un périmètre géographique, et non à un niveau d’exposition individuel. Une entreprise peut être évacuée parce qu’elle se trouve dans la zone de danger d’une installation classée voisine, parce qu’elle est située sur un axe nécessaire aux secours, ou parce que la qualité de l’air y est dégradée.
Où trouver l’information officielle pendant un feu de forêt ?
Les sources officielles sont le site de la préfecture du département concerné, ses comptes sur les réseaux sociaux, le dispositif national d’alerte FR-Alert reçu directement sur téléphone mobile, et les points de situation du service départemental d’incendie et de secours. Les informations non officielles circulant sur les réseaux sociaux ne doivent pas fonder une décision d’évacuation.
Article publié le 27 juillet 2026. Situation évolutive : les données seront actualisées.