Offrir des heures d’évasion aux plus pauvres que vous

Un peu d'évasion dans les livres

Vous n’avez peut être plus les moyens de donner comme les années précédentes.

Les associations de lutte contre la pauvreté, d’aide aux plus démunis, sont dans une situation grave comme jamais auparavant. Les français ne peuvent plus donner.
Ce n’est pas une question de baisse de générosité, mais de possibilité. On ne peut pas donner plus que ce qu’on a. Sans se nuire à soi-même.
On donne d’abord à sa famille, puis aux gens qu’on aime, c’est normal. Puis un peu aux inconnus, si on peut encore.

Le pouvoir d’achat chute à une vitesse stupéfiante. J’ai fait déjà quatre fois les courses en trois semaines. A chaque fois la note était disproportionnée pour le peu qu’il y avait. Comme j’achète moins, surtout des produits frais, le frigo semble toujours presque vide.
Et pourtant, je n’ai jamais autant dépensé pour les courses.
C’est terrifiant ce que l’argent file vite maintenant.

 

Je ne donne plus un centime aux associations humanitaires depuis une vingtaine d’années, depuis que j’ai vu concrètement à quoi ça sert.
J’ai détesté :

Quand j’étais casque bleu en ex-Yougoslavie, on a plusieurs fois escorté des camions envoyés grâce à la générosité des français(es) dans les écoles, pour venir en aides aux enfants victimes de la guerre.
On ne se contentait pas de décharger, on restait une heure de plus à discuter avec les gosses. Au moins, ils avaient le temps de faire un vrai repas et de bourrer leurs poches de bonbons.
Les milices locales garaient leurs camions juste à côté des nôtres et attendaient que l’on parte pour venir tout prendre, pour nourrir les tueurs.
C’est à ça que votre argent sert quand vous croyez bien faire.

Depuis, lorsqu’il commence à faire très froid, j’entasse dans le coffre de ma voiture les vêtements que je ne mettrai plus jamais. Avec mon petit mètre 72 et mes épaules qui coincent dans du double XL, il n’y a personne autours de moi qui peut profiter de mes vêtements. Autant faire plaisir à ceux qui se foutent de la mode.
Même trop larges, ça tient chaud.
Je les donne à ceux qui font la manche près des feux rouges et qui semblent avoir froid. Au moins je suis sûr que ça va à quelqu’un qui en a vraiment besoin.
Cette année je n’ai pas flambé sur l’achat de vêtements. On ne peut donner que ce qu’on a. Mais je vais quand même continuer à donner des choses utiles, de la main à la main.

J’ai eu une idée qui devrait vous plaire…

Plus jeune je dévorais jusqu’à trois livres par jour. Il m’en reste encore quelques étagères qui prennent de la place dans un coin de la chambre.

Les plus nombreux sont des objets sans valeur (plus jeune j’étais très fauché). Des livres de poche premier prix, qui prennent la poussière.
Il y en a plusieurs que je n’ai pas ouverts depuis 25 ans et que je n’ouvrirai plus jamais. Plus le temps.

Je me souviens de certains avec un sourire en coin.

Manon des sources, par exemple. Un peu avant 22h je m’étais dit, « Je vais lire dix minutes avant de dormir ».
A trois heures du matin, je n’avais pas encore réussi à le quitter des mains. Le réveil était réglé pour 5h50.

Un livre ne coûte pas grand-chose mais peut contenir des heures d’évasion. De la passion, des émotions, des rires…
Des heures ailleurs, loin des problèmes. Toujours là, mais loin, moins présents. En pause.

Et justement, les gens à la rue ont besoin d’évasion.

Ils n’ont pas de télé, pas de dvd, pas d’ordinateur, pas d’électricité, mais il n’y en a pas besoin pour se plonger dans un livre.

 

Ceux qui dorment sur mes étagères, je viens de leur trouver une nouvelle mission.

Puis au pire, ça leur permet de faire 10 minutes de flambée pour se réchauffer les mains.

Et il y a même plein de livres qu’on peut réserver à cet usage !

😉

 

… Je me garde quand même ceux qui m’ont donné la passion de l’écriture :

– Tout ce qu’à écrit Boris Vian,

– « Baby Boom » de Jean Vautrin ;

– « Légendes d’automne », le recueil de trois nouvelles de Jim Harrisson,

 

Le monde peut s’effondrer, mais si j’arrive à sauver au moins un exemplaire de « Cyrano de Bergerac », il restera sur terre encore une des plus belles choses de tous les temps…

 

LE BRET :

Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire,
La fortune et la gloire…

CYRANO :

Et que faudrait-il faire ? !

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?

Non, merci !

Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci !

Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci !

Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci !

Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh ! pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François » ?…
Non, merci !

Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais…

… chanter,
Rêver,

Rire,

Passer, être seul, être libre,

Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !

Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

 

LE BRET, après un silence, passant son bras sous le sien :

Fais tout haut l’orgueilleux et l’amer, mais tout bas,
Dis-moi tout simplement qu’elle ne t’aime pas!

 

 

CYRANO :

… Tais-toi.

Alexandre
Se-Preparer-Aux-Crises.fr

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